Kap O Mond ! (Création 2022)

Deux jeunes adultes, issus de mondes différents, chacun souhaitant quitter le pays d’où il vient, se rencontrent… A travers eux se croisent deux visages contemporains de France et d’Haïti, dans un perpétuel jeu d’échos avec le passé.

Mathieu a grandi dans l’une de ces banlieues parisiennes à l’identité plate : ni Paris, ni campagne, ni quartier pavillonnaire, ni tours HLM. Pour autant qu’il s’en souvienne, il a toujours trouvé sa vie affreusement banale. Son père, professeur d’histoire au collège, lui a inculqué le goût du système républicain à la française et des grands épisodes de la Révolution. Mathieu rêve d’ailleurs, pour dissiper la grisaille de son quotidien et donner un sens indiscutable à sa vie.

Kendy est né dans une ville de province haïtienne. Ses parents, au départ petits marchands de rue, ont vendu de tout : des bacs de glace que sa mère s’échinait à casser en petits glaçons, des vêtements et des chaussures usés venant des USA, des produits alimentaires… À table, lors de leurs repas irréguliers, ils rêvaient des études de leurs enfants, celles qu’ils feraient dans les grandes universités américaines ou européennes. Pas d’avenir en Haïti, surtout après la désillusion du projet du président Jean Bertrand Aristide, qui avait promis le développement du pays en réclamant à la France le remboursement de la dette de l’indépendance : 150 millions de franc-or qu’Haïti lui avait payée de 1825 à 1952. Il s’était révélé aussi corrompu que les autres, et la famille avait dès lors cessé de croire à tout projet de changement politique.

Les deux jeunes hommes se rencontrent à l’Université. Ils sont en désaccord sur presque tout, et au gré des préjugés qu’ils se renvoient et déplient, ils construisent une amitié forte, teintée de désir. Ils continuent à s’écrire lorsque Mathieu s’engage dans une mission humanitaire en Haïti et en revient bouleversé, ou lorsque, quelques années plus tard, Kendy regagne son île natale, la voyant d’un œil nouveau après avoir vécu dix ans à l’étranger.

Malheureusement, au retour de Kendy, ce dernier annonce à son ami qu’il veut partir vivre aux Etats-Unis : il a un projet d’investissement qui devra lui permettre de réaliser son rêve d’ascension sociale.
Mathieu reste incrédule : que sont devenues les valeurs humanistes et anti-capitalistes qu’il pensait partager avec Kendy ? Cette fracture entre l’idéologie d’une gauche préservée du besoin et le désir de réussite d’un transfuge de classe cherchant à s’extirper d’un quotidien difficile est-elle dépassable ?